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lundi 10 février 2014
par  Fleuriel Sébastien
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Lafuente | Lallement | Lamamra | Lamanthe | Landour | Lanna | Largier | Latiers | Lauda | Le Goff | Le Lann | Le Tiec | Lechien | Lefrançois | Lemaitre | Lendaro | Lenguita | Leproux | Lesemann | Li |Lopez |


Lafuente Hernandez Sara, Jamar David, Martinez Esteban | Atelier 10, Session B

Le syndicalisme de réseau : une réponse collective au développement de la sous-traitance
La recherche qui fait l’objet de cette communication s’est intéressée à l’expérience du syndicalisme de réseau comme tentative de réponse collective au développement de la sous-traitance.
Le modèle de l’entreprise en réseau mondialisé constitue, en effet, un défi pour les systèmes de relations professionnelles, conçus dans le cadre des Etats-nations, comme une institution du conflit entre un interlocuteur patronal unique et identifiable et des organisations syndicales basées sur une identité statutaire et/ou professionnelle. Précisément, dans l’entreprise « dispersée » par le recours à la sous-traitance, la configuration organisationnelle est dissociée de l’entreprise définie au sens juridique et patrimonial, et des relations de travail triangulaires s’installent de facto.
De nouvelles tensions travaillent les relations professionnelles. Celles-ci sont particulièrement visibles dans le cas de la sous-traitance interne, quand des groupes de travailleurs relevant de différentes entreprises, aux statuts inégaux, et affiliés à différentes centrales syndicales se côtoient sur les mêmes espaces de travail (site ou territoire).
C’est en conséquence un choix raisonné qui nous a conduits à suivre et à analyser les pratiques de coordination syndicale, entre les délégations de l’entreprise principale et des sous-traitants directs, sur le site de la Centrale Nucléaire de Tihange (Begique) et sur le site pétrochimique de REPSOL à Tarragone (Espagne).
Sur le plan méthodologique, une approche qualitative a été adoptée, alliant entretiens individuels, discussions de groupe, observation participante et exploitation de la documentation syndicale.
Le questionnement a porté sur la consistance et les contours d’une notion de « communauté de travail » élargie à la sous-traitance, sur l’action coordonnée des délégués itinérants, le rôle des délégations principales et les rapports avec les instances syndicales, ainsi que sur les modes et les résultats d’une concertation sociale territoriale.


Berrebi-Hoffmann Isabelle, Bureau Marie-Christine, Lallement Michel | Atelier 5, Session B

La culture collaborative transforme-t-elle le travail
Il s’agit ici de se demander en quoi certaines formes émergentes d’activités bousculent aujourd’hui les catégories mobilisées habituellement pour penser le travail et les relations sociales qu’engagent les pratiques productives. On s’appuiera pour cela sur les enquêtes de terrain (en France et aux Etats-Unis) que nous menons dans des espaces d’action (hackerspaces, Fab Labs, markerspaces…) qui ont pour point commun de promouvoir une culture collaborative, de rompre avec le modèle hiérarchique vertical, de valoriser la liberté du faire… La communication interroge en particulier les dichotomies héritées de la société industrielle, telles que producteur/consommateur, employeur/salarié, responsable/subordonné… En mettant en évidence, sur une base empirique, la façon dont ces schèmes subissent un processus d’obsolescence accéléré, c’est aussi une réflexion sur l’invention de nouvelles normes de travail et d’organisation que nous souhaitons mettre en chantier.


Lamamra Nadia, Duc Barbara | Atelier 7, Session D

Lorsque les arrêts prématurés en formation professionnelle éclairent les nouvelles logiques du travail
En Suisse, contrairement à d’autres pays occidentaux, la formation professionnelle initiale est la voie privilégiée par les jeunes à la sortie de l’école obligatoire (SEFRI, 2013). La majorité opte pour la filière duale caractérisée par une alternance entre des cours théoriques en école professionnelle (1 à 2 jours par semaine) et des périodes de travail dans l’entreprise (3 à 4 jours). La formation professionnelle fonctionne alors comme l’antichambre du marché du travail, les logiques étant similaires.
La présente communication se fonde sur les résultats d’une recherche qualitative portant sur les arrêts prématurés en formation professionnelle (Lamamra & Masdonati, 2009) et sur les parcours y faisant suite (Lamamra & Duc, 2012). Au-delà de l’analyse de ce qui conduit les jeunes à résilier leur contrat d’apprentissage de manière anticipée, les situations d’arrêt permettent d’examiner les processus en jeu durant cette première expérience dans le monde du travail. L’objectif est donc de parler de la formation professionnelle à partir de ces cas limites, à partir des marges (Hooks, 2000 ; Mauger & Poliak, 1983). Les situations étant particulièrement exacerbées par l’arrêt prématuré, elles révèlent des processus en œuvre plus largement en formation professionnelle, mais aussi sur le marché du travail. Seront examinées d’une part, les contraintes propres à la formation professionnelle liées à la tension produire/former (Moreau, 2003) et qui s’incarnent dans le statut d’apprenti-e (entre élève et travailleur/euse) et, d’autre part, la socialisation professionnelle et de genre.
Le statut d’apprenti-e, particulièrement vulnérable, met en lumière les logiques d’organisation et de division du travail en formation professionnelle directement liées aux réquisits du marché du travail. De plus, l’analyse de cette première expérience dans le monde du travail révèle qu’il s’agit d’une socialisation brutale aux nouvelles logiques du marché du travail et aux nouvelles formes d’emploi.


Lamanthe Annie, Martinez Eleocadio | Atelier 5, Session D

Une perspective France/Mexique sur les catégories d’informalité et de chômage
Les transformations en cours du marché du travail et du rapport salarial viennent brouiller les catégories et les références, aussi bien pratiques que juridiques et savantes, construites par le passé pour les penser et les représenter. Le cadre des Etats nations dans lequel ces catégories se sont historiquement constituées, et bien que la pertinence de ce cadre soit aujourd’hui en partie discutée (entre autres par Sassen, 2009), continue d’exercer une force déterminante dans la façon dont les problèmes sont appréhendés. La communication propose un double renversement de perspective pour inviter à réfléchir à l’entrecroisement entre catégories pratiques, institutionnelles, juridiques et savantes dans lequel nos analyses sont, bien souvent, nationalement « enfermées ». Depuis le Mexique, d’abord, et à propos de la catégorie de travail informel, ou d’informalité pour interroger la façon dont, en France, les réalités qu’elle recoupe sont massivement abordées sous l’angle de la précarité ou encore de l’illégalité, ie en référence à des normes et catégories qui sont principalement d’inspiration juridique (le CDI comme norme de l’emploi typique dans le Code du travail ; la condamnation, au double plan moral et légal, du travail dissimulé ou « au noir »). Depuis la France, ensuite, pour interroger la notion de chômage au Mexique qui, à défaut d’être institutionnalisée dans des dispositifs de prise en charge des demandeurs d’emploi puisqu’il n’existe pas, dans ce pays, d’indemnisation du chômage, laisse le champ tout à la fois à des catégorisations, à des situations et à des expériences que les chômeurs eux-mêmes font, dans lesquelles sont plus fortement imbriqués emploi et sous-emploi, emploi formel et informel.


Landour Julie | Atelier 3, Session D

Affirmer son engagement maternel et professionnel : Les associations de Mompreneurs en France
Réunies dans des réseaux professionnels dédiés, les Mompreneurs se définissent comme des femmes qui créent une activité à l’arrivée d’un enfant, quittant un poste salarié qui ne les satisfaisait plus pour mieux articuler vie professionnelle et familiale. Si les femmes restent largement minoritaires au sein des indépendants, parmi elles, les mères ont toujours été présentes ; les Mompreneurs ne constituent donc pas une nouveauté. En revanche, en créant des associations et en y adhérant, elles affichent une volonté inédite de faire exister une identité, un groupe professionnel, voire un statut spécifique. C’est cette dimension que notre communication propose de creuser, en s’appuyant sur une enquête démarrée en 2011, qui combine l’ethnographie de l’un des réseaux français de Mompreneurs et la conduite d’une enquête par questionnaire au sein de ce même collectif en septembre 2013.
Pour présenter cette mobilisation visant à promouvoir les « Mères Entrepreneures », nous dresserons dans un premier temps le portrait des membres du collectif ethnographié et ce qui a pu conduire ces femmes issues des strates les plus favorisées de la société française à quitter le salariat pour ses marges. Le deuxième temps de l’intervention concernera leur situation de travail, régulièrement établie à domicile : il montrera dans quelle mesure travail productif et reproductif y sont imbriqués et comment cette intrication affecte le développement des activités créées. La sortie du salariat pour l’indépendance favorise en effet une réassignation au domestique qui invisibilise l’investissement professionnel de ces femmes sans engendrer une plus grande reconnaissance de leur engagement en faveur de la famille. C’est notamment pour contrecarrer cette logique qu’elles s’engagent dans l’association des Mompreneurs : nous montrerons dans un dernier temps comment elle leur permet de réaffirmer une identité professionnelle tout en valorisant leur métier de mère, en particulier auprès de leurs proches.


Lanna, Flaviene| Atelier 8, Session B

Nerfs d’acier : résilience et résistance dans une sidérurgie brésilienne
La privatisation de la sidérurgie Açominas suivie de l’arrivée du groupe Gerdau et de sa politique managériale ont transformé le travail et les travailleurs de cette région du Brésil. Dans ce cadre, la seule résistance possible semble être celle de la résilience, de se préserver et de continuer à « être ».


Largier Alexandre, Mangin Bertrand | Atelier 4, Session D

Recompositions des centres et des frontières à la SNCF : marginalisation et revalorisation de catégories d’acteurs
Depuis les années 1960, la SNCF s’inscrit dans un processus de transformation ayant pour objectif l’équilibre financier et une autonomie de gestion, et ce, en important au fur et à mesure des années, des modèles d’organisation et de fonctionnement issus du secteur privé. La création de Réseau Ferré de France en 1997 prenant en charge la gestion du réseau ferroviaire national ainsi que l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire de marchandise, rend ce processus plus prégnant aujourd’hui. Ces transformations modifient ce que sont les frontières et les centres de l’entreprise et conduisent à une évolution des métiers, des activités et des logiques d’action. Dans cette perspective, nous proposons d’analyser comment les processus de marginalisation et de valorisation de collectifs, dont la compréhension s’avère indissociable d’une analyse des évolutions de l’institution, se manifestent au sein de la SNCF comme un construit social dynamique.
Notre communication visera dans un premier temps à interroger le processus de revalorisation concernant la population des commerciaux du Fret ferroviaire dont l’activité, du fait de sa dimension marchande, était jusqu’alors marginalisée au sein de l’entreprise. Aussi s’agira-t-il d’analyser les modalités d’expression ainsi que les limites de ce processus de valorisation de ces acteurs placés en situation d’interface notamment avec les clients, et ce, à l’aune des transformations institutionnelles de la SNCF.
Dans un second temps, nous nous attacherons à montrer la manière dont ces mêmes transformations institutionnelles participent à la création de nouvelles frontières internes et de nouvelles marginalisations de collectifs. La question que nous soulèverons est la suivante : dans quelle mesure la structuration par activité de l’entreprise contribue-t-elle au développement d’objectifs contradictoires entre les unités chargées de l’exploitation du réseau et celles en charge de sa maintenance. Cette contradiction pouvant conduire à la marginalisation de certains acteurs de la maintenance ferroviaire, comme par exemple les caténairistes.
Ainsi, nous nous appuierons sur ces deux cas afin d’appréhender ce qui fait centres et frontières au sein de la SNCF à travers l’analyse des processus de marginalisation et de valorisation des caténairistes et des commerciaux. Ces processus résultent selon nous essentiellement de l’hybridation entre modèles industriel et serviciel traversant cette entreprise.


Latiers Mélanie, Glinne Harmony | Atelier 4, Session A

Comprendre et intervenir sur les limites de la relation de service : l’exemple de l’agressivité au guichet.
Dans une société en constante tertiarisation, où la satisfaction du client est en passe de devenir une norme « universelle » du travail, notre communication propose d’interroger le lien entre travail prescrit et travail réel, au regard de la notion de « limite » liée au travail de première ligne dans les organisations de service.
Nous situons le travailleur de première ligne « à la marge » de son organisation, en ce qu’il occupe une position d’entre-deux (entre clients et management), à la frontière avec le monde extérieur. À partir de résultats obtenus sur trois terrains (guichetiers de la poste, consultants en intérim et conseillers mutualistes), nous chercherons à montrer comment la relation de face-à-face avec le client réinterroge les limites du travail, dans ses aspects prescrits comme réels.
La question des limites nous amènera à interroger celle des normes (individuelles, groupales et organisationnelles), souvent floues pour le travailleur de première ligne. Nous faisons l’hypothèse que cette position de travailleur « frontière » permet d’expliquer le flottement de ces normes, de par l’évolution des injonctions auxquelles le travailleur est confronté. D’un côté, les injonctions du management tendent à renforcer la formalisation des pratiques et la place du client, en lui accordant plus de place dans l’organisation. De l’autre, les injonctions du client sont elles aussi en changement. Face à ces évolutions, les normes existantes sont mises en doute ou deviennent floues. Pour l’illustrer, nour prendrons comme exemple les situations d’agressivité au guichet, particulièrement évocatrices de la difficulté de positionnement du travailleur de première ligne en tension entre diverses injonctions.
Outre l’analyse de ces situations, notre communication reviendra sur les enjeux liés à une intervention dans ce type d’organisation, et le type de dispositif – d’ordre collectif – qui a été mis en place autour de la question des limites et des normes du travail de première ligne.


Lauda Lucienne | Atelier 8, Session D

Les dispositifs de gestion et de contrôle du travail, une étude sur le travail des managers de comptes de tourisme d’affaire
Cette étude porte sur les formes actuelles de contrôle du travail. Nous partons de l’idée que la phase actuelle du capitalisme instaure de nouvelles formes de contrôle du travail, au lieu d’abolir purement et simplement les règles du passé, définies dans cette étude comme le contrôle hiérarchique et centralisé représenté par le modèle d’entreprise des années 1960. Notre étude est donc consacrée aux expériences de travail des managers de comptes du tourisme d’affaires. Le choix de ces travailleurs repose sur l’idée qu’ils incarnent de façon emblématique les transformations intervenues dans l’organisation du travail au cours des dernières décennies. Pour atteindre cet objectif, à savoir déterminer quelles sont les nouvelles formes de contrôle et comment elles sont vécues par les managers de comptes du tourisme d’affaires, nous mobilisons le cadre théorique de la sociologie de la gestion et de ses dispositifs. Nous nous proposons ainsi d’analyser comment la collaboration et la coopération des travailleurs sont obtenues, non pas par la coercition et les sanctions, mais grâce à la mobilisation de ces travailleurs et à leur adhésion au projet de l’entreprise. Pour ce faire, nous distinguons trois dimensions dans le fonctionnement de ces dispositifs : opérationnelle, culturelle et politique. Dans ce cadre, nous identifions le recours au client comme un indicateur transversal aux trois dimensions définies. Nous avons réalisé douze entretiens semi-directifs avec des managers de comptes et deux entretiens supplémentaires avec des professionnels que nous jugeons pertinents pour cette étude . Les données recueillies révèlent deux contradictions importantes dans la configuration actuelle du capitalisme et sa relation avec l’organisation du travail : premièrement, les contrôles actuels sont légitimés grâce à des discours vantant la liberté au travail, et deuxièmement, les acteurs que sont les chargés de comptes du tourisme d’affaires sont en même temps des travailleurs – qui vendent leur force de travail en échange d’un salaire – et des capitalistes – dans la mesure où une partie de leurs revenus provient de commissions ou de participation aux bénéfices – qui sont, de ce fait, attachés aux bénéfices, au profit du capital.


Guérin Francis, Le Goff Jean-Louis | Atelier 9, Session D

Trouver une identité professionnelle dans les marges ?
Cette recherche débutée en 2008 nous a conduits à interviewer individuellement, mais aussi à entrer plus récemment dans un processus de recherche-intervention, avec les conseillers des Points Relais Conseil (PRC) de Haute-Normandie pour la VAE. La dernière phase, suscitée par la responsable de la Mission régionale VAE, a pour but d’analyser le bilan établi par les conseillers eux-mêmes sur leur activité et, plus spécifiquement, du dispositif d’appui renforcé expérimenté dans la région. L’étude a révélé une activité qui peine à devenir un métier qui soit reconnu et vécu comme tel tant par ses praticiens que par ses interlocuteurs en raison d’une triple mise en marge.

La première est celle d’individus placés en marge de leur propre organisation (mission locale, FONGECIF) par leur activité de conseiller PRC qui les en éloigne professionnellement autant que, parfois, physiquement. Mais ils sont aussi en marge de l’activité de leur commanditaire (la Région Haute-Normandie) qui ignore tout de leur activité et de ses contraintes. Dans les deux cas, ils se trouvent « invisibles » et totalement isolés dans une structure amorphe et plate (le collectif des conseillers PRC) qui ne peut leur fournir ni reconnaissance autre que symbolique, ni évolution.

La deuxième est celle d’une mission (l’information-conseil) qui se situe en marge du dispositif de VAE proprement dit car ne s’y rencontrent que des candidats potentiels qui s’engageront ou non dans la démarche. Il en résulte un questionnement sur les limites entre conseil et accompagnement (normalement dévolu à d’autres, en particulier les valideurs), mais aussi sur la manière de valoriser ce qui n’est qu’un point d’entrée sans conséquences visibles et tangibles.

Enfin, la troisième est celle d’individus dont l’activité actuelle – en construction – les met en marge de leur formation (psychologie, sociologie gestion, sciences de l’éducation) et activité (action sociale, formation, animation) initiales, d’où la nécessité de s’inventer un professionnalisme qui va d’autant moins de soi que les profils sont très diversifiés au sein du collectif.

Pouvant dès lors difficilement compter sur les ressources de leur propre collectif, les conseillers puisent alors abondamment dans leur propre expérience de vie ou les accidents qu’a connus celle-ci pour trouver leur place vis-à-vis de bénéficiaires eux–mêmes de plus en plus souvent en marge du fait des évolutions du public de la VAE.


Guérin Francis, Le Goff Jean-Louis, Zannad Hédia | Atelier 3, Session C

La professionnalisation dans l’enseignement supérieur : quand l’essentiel se passe dans les marges
Financée par l’APEC, la recherche compare la manière dont une école de gestion, une école d’ingénieurs et un master professionnel universitaire (sociologie du travail) « fabriquent » des futurs cadres. Là où l’on pourrait attendre des responsables comme des étudiants interrogés dans les trois institutions -50 entretiens au total ont été réalisés- une valorisation de la fonction de transmission de compétences techniques professionnelles, on constate qu’ils ne considèrent pas le contenu de la formation comme central dans le cursus, et qu’ils l’envisagent comme un repoussoir trop théorique et/ou y voient une promesse non tenue.
En réalité, ce qui est considéré comme le plus utile et le plus différenciant en vue d’une insertion future, se passe « en marge » des enseignements formels -stages, projets, interventions de professionnels, visites d’entreprise. Cette éducation non formelle, voire informelle, se fait à la périphérie des institutions de formation d’une part parce qu’elle est réalisée hors de leur contrôle (les responsables en ignorent le contenu, les modalités et les processus, mais la valorisent et la sacralisent sans la questionner), voire hors de leurs murs, d’autre part parce qu’elle renforce la partition des rôles : l’enseignement disciplinaire peut d’autant plus se déployer et rester clos sur lui-même que la « professionnalisation » est prise en charge dans et par les entreprises.
En retour, cette partition unanimement acceptée par l’ensemble des acteurs met les institutions de formation en marge de l’univers des entreprises, libre de définir les normes de la « socialisation institutionnelle » (au sens d’acquisition d’un « habitus » propre à chaque institution) qui, selon nos interlocuteurs, compte davantage que les savoirs dispensés dans la salle de classe. Leur véritable fonction ne consiste plus (principalement) à générer des savoirs dont elles ont le contrôle, mais à laisser acquérir par les étudiants des comportements et langages adaptés dont elles ne peuvent décider de la valeur effective et qui sont « produits » hors de leur portée.
Le fait que « l’essentiel » de cette socialisation institutionnelle se passe en périphérie des structures éducatives est le symptôme de leur propre mise en marge vis-à-vis d’entreprises qui, sous couvert de professionnalisation, leur imposent un langage ou les mettent en position de sujétion.


Casta Aurélien, Le Lann Yann | Atelier 5, Session B

Aux marges du salaire et de la dette. L’enregistrement comptable des ressources des étudiants et des retraités
La communication prendrait pour hypothèse que la monnaie et la comptabilité nationale constitue deux des supports de la reconnaissance ou du déni du travail des marges. Elle se concentrerait sur deux populations traditionnellement situées, si l’on suit respectivement la sociologie et l’économie du travail, à la périphérie de la classe ouvrière et du marché du travail. Le salaire constitue dans les pays d’Europe occidentale un ensemble de ressources qui s’est durant les décennies de l’après-guerre largement décentré de l’emploi. Dans l’univers comptable, cette tendance a accompagné la mise en place d’une norme centrée sur les flux de monnaie distribués et collectés par l’Etat social. A l’inverse, les promoteurs des politiques sociales menées depuis les années 1980 ont plutôt eu tendance à défendre la mise en œuvre d’une comptabilité d’engagement distinguant les flux de monnaie versés et reçus par l’Etat social des actifs (créances) et passifs (dettes) qu’il pouvait détenir. A ce titre, les crédits formation, les prêts étudiants, les compte épargne salariale, la dette des retraites, pourraient être enregistrés comme des titres de propriété et de dette de l’Etat. Les étudiant-e-s et les retraité-e-s ne relèveraient définitivement plus du salaire et de la production mais plutôt de la dette et de la propriété. L’idée de la communication serait de se pencher sur les questions suivantes.
En quoi la comptabilité de flux permet-elle d’enregistrer la pluralité des ressources salariales et de décentrer, au profit des marges, le salaire de l’emploi ? De son côté, en quoi la comptabilité d’engagement organise-t-elle la déconnection entre les ressources des retraités et des étudiants et le salaire ? En quoi exclue-t-elle radicalement ces populations de l’univers du travail pour les faire entrer dans celui de la dette et de la propriété ?
Nous répondrons à ces questions à partir d’exemples tirés de l’histoire des comptabilités nationales françaises et britanniques et des prescriptions fournies en la matière par des institutions internationales comme la Banque mondiale.


Le Tiec Lucie | Atelier 3, Session A

Le statut imperceptible des arbitres de football en France : ni complètement bénévoles, ni travailleurs reconnus
A travers l’analyse de la situation des arbitres de football, nous souhaitons explorer les tensions, inscrites dans le modèle associatif sportif, entre deux logiques difficilement conciliables : l’une liée aux coutumes du monde associatif et l’autre à des pratiques de travail (salarié/indépendant) ; autrement dit, le trouble causé par le statut intermédiaire des arbitres. En effet, le statut des arbitres est polarisé par l’exercice bénévole (ou quasi) et par des exigences presque professionnelles requises par l’activité et les instances. La Fédération Française de Football, alors qu’elle attribue à ses arbitres les caractéristiques des salariés, leur refuse ce statut de travailleurs. Elle semble utiliser un mode de gestion de la main d’œuvre ordinaire qui révèle un déni de ce statut. Cette gestion de la main d’œuvre serait uniquement une conséquence fédérale de la recherche de la performance dont la nature permettrait d’exonérer la FFF des exigences ordinaires du Code du travail, forme dérogatoire au droit commun que valide, par ailleurs, la loi du 23 octobre 2006 dite « loi Lamour ». Si l’objectif affiché des mesures législatives est d’apporter une certaine sécurité́ juridique aux arbitres, désormais chargés d’une mission de service public (protection pénale renforcée), celles-ci présentent toujours des ambivalences (ambiguïtés du régime social et fiscal - les arbitres étant définis comme des travailleurs indépendants pourtant affiliés au régime général de sécurité́ sociale -, définition floue de la relation entre la Fédération et ses arbitres,...). Notre communication abordera aussi les rapports de force existants qui empêchent la reconnaissance du groupe professionnel des arbitres. Les débats suscités par cette situation ont révélé des logiques de défense des intérêts (naissance de syndicats, mouvements de grèves, etc.) que nous décrypterons. Notre production reposera principalement sur un travail ethnographique basé sur l’observation participante puisque nous sommes en immersion, depuis cinq ans, dans un collectif d’arbitres.


Cartier Marie, Lechien Marie-Hélène | Atelier 3, Session B

Entre travail domestique et travail rémunéré : regards sur l’emploi d’assistante maternelle à partir des conflits prud’homaux
Les assistantes maternelles, salariées agréées par les services sociaux qui gardent des enfants dans leur propre maison se situent, maintes recherches l’ont souligné, aux marges de l’emploi. Entre famille et marché, indépendance et salariat, travail domestique et travail rémunéré, leur activité déroge aujourd’hui encore aux règles communes en matière de temps de travail, de licenciement ou de salaire horaire. L’évolution récente des conditions d’emploi de ces salariées en France—ce sont majoritairement des femmes— va toutefois dans le sens d’un rattachement croissant de cet emploi direct au droit salarial commun depuis la négociation d’une nouvelle convention collective des assistant(e)s maternelles du particulier employeur en 2004. Le développement effectif de la formation et l’organisation collective de la profession à travers des associations professionnelles et des structures municipales contribuent également à multiplier les sociabilités entre collègues et à rompre l’isolement du travail à domicile. Aujourd’hui, les assistantes maternelles peuvent saisir le tribunal des Prud’hommes pour régler les litiges avec leurs employeurs et certaines se saisissent de ce droit. Mais que révèlent au juste ces conflits ? Que l’activité d’assistante maternelle est devenue un travail comme un autre ? Ou tout au contraire que perdure un refus de la reconnaître comme tel ? Il s’agit ainsi de revisiter les évolutions d’une activité salariale marginale et des représentations du travail féminin de garde d’enfants en prenant comme point d’entrée original les conflits prud’homaux.
Méthode : observation d’audiences prud’homales et entretiens avec les parties, entretiens avec des avocats et conseillers du salarié ; entretiens avec des responsables des relais assistantes maternelles.


Lefrançois Claire | Atelier 9, Session A

Le sentiment d’être en marge du marché du travail. L’expérience des chômeurs âgés, en France et au Royaume-Uni
Les chômeurs d’une cinquantaine d’années ont longtemps été considérés en marge du marché du travail et non pas comme des demandeurs d’emploi à part entière. Au cours des années 1990 au Royaume-Uni et 2000 en France, l’emploi des actifs en fin de carrière est mis à l’agenda. Les chômeurs âgés deviennent un public des politiques de l’emploi et ils doivent se mobiliser dans le retour à l’emploi. Malgré cette inflexion des politiques, leur retour à l’emploi reste délicat et beaucoup ont le sentiment de se trouver en marge du marché du travail.
Nous proposons, dans cette communication, d’analyser le rapport à l’emploi de ces chômeurs et leur sentiment d’être en marge de l’emploi. Nous montrerons que leur rapport à l’emploi se comprend en articulant trois niveaux d’analyse. Le premier relève d’un univers de référence commun qui donne des contours similaires à l’expérience du chômage en France et au Royaume-Uni. Dans les deux pays, le chômage constitue une épreuve institutionnalisée autour de la norme de recherche d’emploi, subjectivement renforcée par le sentiment que l’âge joue contre leur retour à l’emploi. Il permet d’expliquer les freins dans le retour à l’emploi, dus à un marché du travail sélectif du point de vue de l’âge. Le deuxième niveau d’analyse a trait aux contextes nationaux qui, par les cadres normatifs et institutionnels propres à chaque pays, marquent de leur empreinte les expériences individuelles. Le troisième niveau à prendre en considération est celui des rapports sociaux que l’on retrouve de part et d’autre de la Manche, selon des modalités voisines. Ces trois niveaux d’analyse permettent de construire une typologie des expériences du chômage et des démarches de recherche d’emploi des chômeurs âgés. Nous montrerons que les réactions par rapport au sentiment d’être en marge de l’emploi en raison de l’âge varient socialement et nationalement : cette mise à l’écart est légitime pour certains, inquiétante pour d’autres et injuste pour d’autres encore.


Lemaitre Félix | Atelier 8, Session D

Les postes à risque à la SNCF : une régulation par la santé
Notre communication traitera de l’émergence d’un nouveau problème social dont les entreprises sont appelées à organiser la prévention et la gestion. Il s’agit de la consommation de substances psychoactives (alcool, drogues illicites, mésusage de médicaments psychotropes) par les salariés. La MILDT et la DGT ont mobilisés entreprises, médecins du travail et addictologues afin de mettre cette question sur l’agenda. Le dépistage est promu comme le principal instrument d’action publique de prévention. Le Comité Consultatif National d’Ethique a statué que son utilisation devait se limiter à l’habilitation à des postes de sûreté et sécurité. La définition de tels postes est à la discrétion de l’entreprise. Il en va de même pour les seuils de détection et les produits recherchés par analyse d’urine. De nouvelles normes sont produites : les critères d’employabilité et les conditions d’aptitude aux postes à risques se complexifient.
Notre intervention se basera sur notre enquête menée à la SNCF dans le cadre de notre thèse. Suite à l’ouverture du marché du secteur ferroviaire au niveau européen des conditions d’intéropérabilité sont définis dans une directive. Les salariés n’échappent à cette uniformisation des standards. Des critères biologiques (la recherche de toxiques) et psychologiques (recherche des profils « addict ») sont formalisés dans ce texte et précisés par la SNCF.
Une partie de la main d’œuvre devient gérée par sa santé. Car la positivité au test est synonyme de « descente de sécurité », c’est à dire de déclassement et de reclassement à des postes moins valorisés. Les frontières vie privée/vie professionnelle s’amenuisent. De plus, par ce dispositif l’encadrement cherche à mobiliser la subjectivité des cheminots en poste à risque au nom de la sécurité. Il y a injonction à la vigilance permanente.
L’émergence de « l’aptitude sécurité » (succès à l’ensemble des tests biologiques et physiologiques) crée une automatisation de l’inaptitude. Cette hyper-formalisation empêche les interactions salarié/médecin qui peuvent amener vers un accompagnement personnalisé. Mais des médecins du travail détournent les tests de cet usage strict. Ils l’utilisent comme instrument de suivi. Alors qu’ils ont de plus en plus de personnel à voir en moins en moins de temps, le dépistage permet d’ouvrir des fenêtres d’échange avec les agents. Le « chantage thérapeutique » à l’aptitude au poste est un levier fort pour la sortie de l’addiction. Ces médecins « invisibilisent » ce travail afin de ne pas alerter l’encadrement sur des cas individuels. Ils doivent également composer avec la concurrence des biologistes qui procèdent à l’analyse des échantillons. Car comme l’exprimait un médecin du travail interviewé l’enjeu est que « le pouvoir soit au laboratoire ».


Lendaro Annalisa | Atelier 10, Session A

Les mobilisations des migrants à lampedusa et le droit à avoir des droit
L’objectif de cette communication est de revenir sur les modalités et la réception de la mobilisation des migrants se trouvant en rétention administrative sur l’île de Lampedusa (Italie) en juillet 2013.
Deux cents personnes environ ont manifesté à deux reprises en défilant à travers les rues de Lampedusa pour réclamer le droit de quitter l’île sans laisser leurs empreintes digitales, sans donc être identifiées comme demandeurs d’asile en Italie. Le règlement européen appelé Dublin II, destiné à identifier l’État membre responsable de l’examen d’une demande d’asile, interdit en effet au migrant de se déplacer dans un autre état membre de l’UE autre que celui d’arrivée pour y déposer une demande d’asile. Or, la majorité des migrants qui arrive vivante à Lampedusa après avoir survécu à la traversée de la Méditerranée savent qu’en Italie les temporalités du traitement de cette demande sont en moyenne très longues, que cela implique donc une période d’enfermement prolongée d’abord en centre d’identification et ensuite en centre d’accueil, et surtout que les possibilités d’insertion professionnelle qu’offre ce pays sont minces.
En nous appuyant sur les données qualitatives recueillies via une recherche exploratoire conduite en juillet 2013 à Lampedusa, et sur l’analyse de la presse et des textes juridiques de référence, nous souhaitons discuter le sens et la forme de la mobilisation de ces « aspirants travailleurs » dans un espace de résistance particulier, comme peut l’être une île-frontière où les protagonistes sont forcément en transit, de passage.
Quelles sont les ressources que ces « sans » peuvent-ils mobiliser ? Sur quel type de solidarités et d’appuis peuvent-ils compter ? Quelles sont les forces, les faiblesses, et les résultats de leur mobilisation ? Quelles sont les enjeux qui émergent et qui questionnent tant l’activité syndicale que l’action des associations de défense des droits des migrants ?
Le cas spécifique de ces mobilisations nous permettra de revenir sur la portée actuelle de l’expression « le droit d’avoir des droits » (Arendt 1966) et sur son application dans le domaine du droit de « se déplacer et de rester » (Walters 2008).


Lenguita Paula | Atelier 11, Session D

La résistance dans les marges de la production capitaliste
L’historiographie et la sociologie du travail ont produit des débats sur le rôle du lieu de travail dans l’organisation de la lutte ouvrière dans l’échelle internationale. L’intérêt de ces marges dans la production capitaliste est renouvellé par la tendance transformatrice du système productif et des régimes politiques à son service.
Ces contextes historiques et productifs ont donné lieu à des essais divers sur la nature de la discipline ouvrière, et sur les marques que cette détermination impose aux exploités. Nous pensons à un type de régulation sociale qui est interrompue seulement par la grève en tant que temporalité conditionnée delimitant le contrôle patronal de la force de travail. Dans ce sens, le despotisme patronal est dénoncé et à la fois mis en question par le collectif de travailleurs, en donnant forme à une réalité d’insurrection qui, par cette manifestation, semble paralyser l’ordre productif d’une façon catégorique.
Dans l’article nous analysons certains traits de ces débats académiques prêts à entrer dans les marges disruptives du lieu de travail en tant qu’espace politique, dans la mesure où c’est par la grève que les travailleurs réussissent à produire une résistance à l’ordre productif capitaliste.
Concrètement, nous avançons sur les positions qui signalent le rôle politique du lieu de travail en tant que domaine de subversion de l’autorité patronale. Nous abordons ainsi la littérature qui va dans cette direction en Argentine, rendant compte des limites politiques de cet espace de lutte de classes, de ses formes de manifestation dans les moments historiques et des conditionants qui le déterminent, pour fortifier ou affaiblir le pouvoir syndical dans son aspect d’insurrection.


Leproux Olivier | Atelier 3, Session C

Quand l’invisibilisation du travail facilite le désengagement étatique d’une action publique
Ma communication a pour but de participer à la compréhension des processus de visibilisation et d’invisibilisation du travail (Axe 1).

Cette recherche s’inscrit dans le cadre de ma thèse en cours dont le terrain est un « Dispositif de Réussite Éducative » (DRE). Mis en place par le « Plan Borloo » en 2005 et compris dans le champ de la « politique de la ville », ce dispositif est symbolique du Nouveau Management Public à plusieurs titres (centrage sur l’usager, contractualisation, évaluation, etc.). Organisé par commune, il réunit plusieurs institutions (Education nationale, services sociaux départementaux, services éducatifs des communes, associations) autour de cas d’enfants en « fragilité ».

La première partie est consacrée à l’analyse verticale du DRE, du financeur du dispositif (à savoir l’Etat par l’intermédiaire de l’ACSE1) aux travailleurs intervenant auprès des enfants. Ce dispositif se révèle être un système de délégation de sa mise en œuvre et de la gestion des travailleurs grâce à plusieurs niveaux de sous-traitance. Cette structure rend les travailleurs invisibles aux yeux de l’État.

Dans une seconde partie, les conséquences de cette délégation sur le dispositif sont étudiées. En juin dernier, le ministre de tutelle a annoncé la division par deux des communes bénéficiant des subsides fléchées « DRE ». La conjoncture a donc offert une fenêtre d’observation intéressante pour montrer combien la structure du DRE porte en son sein les outils de sa propre disparition parmi lesquels l’invisibilité des travailleurs du DRE au regard de l’État tient une place centrale.


Lesemann Frédéric | Atelier 6, Session C

Division internationale ou division globale du travail ? La contribution du « travail informel » à la compréhension des processus en cours
La sociologie du travail européenne ou nord-américaine définit généralement la question de la division internationale du travail à partir des catégories centre-périphérie, externalisation, sous-traitance, délocalisation, etc., bref, dans une représentation in/out, avec une référence normative implicite à la « société salariale » définie comme un idéal in à portée universelle. Dans une perspective de recherche qui place en son centre la dynamique actuelle de globalisation des rapports de production, on constatera qu’au mieux, deux tiers des travailleurs des pays du Nord et un tiers de ceux du Sud participent de cette « société salariale » et des protections sociales et juridiques qui l’accompagnent, et qu’un tiers au Nord et deux tiers au Sud, c’est-à-dire une très nette majorité des travailleurs, sont inscrits dans ce qu’on peut appeler globalement le « travail informel ».
Dans de telles conditions, est-il encore pertinent pour la sociologie du travail de parler de la « division internationale » du travail, de demeurer dans un paradigme in/out, comme si on pouvait ignorer que la croissance du travail informel est galopante à l’échelle planétaire, que les migrations des travailleurs sont multidirectionnelles, que les périphéries sont actuellement au cœur des régions qui se pensent centrales, que la délocalisation se fait autant dans le territoire qui jouxte l’entreprise qu’à des dizaines de milliers de kilomètres, etc. ?
Une attention au « travail informel » est susceptible de mettre en échec nos représentations traditionnelles de la « division internationale » du travail et de nous rapprocher d’une compréhension actuelle du fonctionnement des entreprises qui sont toutes, petites, moyennes ou grandes, inscrites dans les processus de globalisation à l’œuvre à l’échelle de la planète.
On fera référence dans cette communication à divers travaux en cours et publications sur ce thème.


Li Ju | Atelier 8, Session A

Marginalized Identity : The Hidden Injuries of Reform for SOE workers in China
This article explores how the prolonged and erosive deindustrialization in China’s struggling state-owned enterprises (SOE), an inevitable result of the neoliberal shift in industrialization policy from socialist import-substitution industrialization to globalized export-oriented industrialization, has changed workers’ perception of themselves and their work. Based on in-depth interviews with workers and living-in observation in one enterprise – Nanfang Steel, this study compares how what it means to be a worker has changed between two different generations of SOE workers. The “glorious” identity as a worker, promoted by the state during the Maoist era and emphatically proclaimed by elder workers despite its internal limitations and contradictions, has been dismantled by the neoliberal reform and has instead metamorphosed into a newly developed and “stigma-laden” cultural identity created by the contemporary hegemonic discourse and then bitterly internalized by currently employed younger workers. Through such comparison, this study attempts to grasp a specific dimension of the social cost of China’s ongoing transformation into a member of the globalized capitalist society. This transformation has moved many SOEs from center to margin, by making them redundant and ready to be expelled from China’s new export-oriented industrialization track. Workers in these SOEs have thus experienced the transformation, not as “economic magic,” but as a process of “abjection” – “a process of being thrown aside, expelled, or discarded.” No longer participants in history, now they are outsiders to it, people who should be left behind and written off. This study relates to theme 4 of the conference – it is based on empirical research led on the daily experience of work and employment margins. It is also a study that investigates the moving frontiers between centers and margins.


Lopez Calle Pablo | Atelier 5, Session A

Les camionneurs de longue distance indépendants en Espagne. Individualisation du relations salaries et autoexploitation
Le problème sociologique que nous proposons avec cette étude de cas sur les camionneurs de longue distance indépendants est de démontrer comment la forme juridique de l’emploi (auto-emploi ou salariat) n’introduit pas de différences de fond dans les relations d’exploitation, mais répond aux différentes stratégies de rentabilité ou des moyens d’obtenir des rendements ou l’augmentation de plus value.
Pour cela, l’analyse se centre sur les changements dans le modèle de production espagnol des trente dernières années. Il est un modèle de voie basse de développement, basé sur l’intensification du travail comme le principal facteur de rentabilité, et sur l’individualisation des relations de travail en tant que forme cohérente d’articulation du rapport salarial dans ce type de modèle. Des secteurs de croissance tels que la logistique et le transport de longue distance –en tant que produits de la fabrication légère - et les camionneurs autonomes de longue distance sont des éléments clés dans ce processus.
Ce type d’indépendant très dépendant, appelé par Sergio Bologna , « Autonome de deuxième génération », diffère des indépendants traditionnels (professionnels, petits commerçants , etc.), ou des petits et gros employeurs, par le degré d’appropriation des moyens de production. C’est ce qui fait de leur autonomie une autonomie fictive, une autonomie qui permet l’auto-exploitation et la surexploitation au-delà des limites imposées par la réglementation du travail.
Alors que cette étude de cas, en plus de montrer les conditions de travail et de vie dans une profession facilement accessible pour des classes populaires espagnoles pendant les années du fictif miracle économique espagnol, nous permet aussi d’analyser quelques-unes des caractéristiques structurelles du modèle de production dans le cadre de l’Union Européenne.


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vendredi 27 juin 2014

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